Leadership en sécurité
Arbitrage

Donner à la sécurité la place qui lui revient dans les arbitrages

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Donner à la sécurité la place qui lui revient dans les arbitrages Donner à la sécurité la place qui lui revient dans les arbitrages

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans la pérennité d’une entreprise : qualité, marché, délais, réglementation… et la sécurité, bien sûr, en fait partie. Arbitrer entre ces enjeux est au cœur de l’activité des dirigeants, mais aussi de tous les acteurs de l’organisation. « Donner à la sécurité la place qui lui revient dans les arbitrages », c’est le 3e principe d’un fort leadership en sécurité.

Pourquoi c’est important ?

Une organisation est soumise à de nombreuses contraintes et de nouveaux scénarios se dessinent quotidiennement : la pression temporelle d’un client, un dysfonctionnement technique, la perte d’un marché, une baisse des effectifs… Chaque jour la question revient : « quelle est la menace la plus immédiate et critique pour l’entreprise ? Est-ce le risque financier, commercial, d’accident ? ». Et la réponse n’est jamais la même. Chaque jour il s’agit alors de faire des arbitrages, des concessions sur les enjeux qui n’ont pas la priorité du jour.

« Donner à la sécurité la place qui lui revient » permet de :

  • Sortir d’un discours maximaliste de type « safety first », trop éloigné de la réalité et à terme peu crédible. Sur le terrain, les arbitrages existent, la sécurité est mise dans la balance. Il ne faut donc pas nier leur existence, mais accompagner au mieux les équipes pour effectuer les meilleurs arbitrages possibles.
  • S’assurer qu’aucun arbitrage rendu ne fragilise la sécurité de manière inacceptable. L’exigence de sécurité doit être prise en compte dans les arbitrages de la direction, comme du management, des services fonctionnels, des opérateurs de terrain, des prestataires…

Productivité et sécurité font-elles bon ménage ?

Selon une croyance erronée, il serait impossible d’assurer à la fois productivité et sécurité, l’un se faisant au détriment de l’autre… C’est faux ! Intégrer une bonne sécurité est un atout pour l'entreprise et rend l’activité prospère. « Il faut reconnaître que, certes, il faut produire, mais en toute sécurité. Sinon, quelqu’un sera blessé. Et des arrêts entraîneront des coûts pour la société. Une personne préoccupée par une question de sécurité doit pouvoir dire : « Arrêtons un moment. Réglons ce problème. » Cela prend quelques minutes, peut-être plus selon les cas, mais le problème est réglé. En cas de doute, la sécurité doit primer ».

Dominic Cooper, B-Safe Management Solutions (USA)

Comment donner à la sécurité la place qui lui revient dans les arbitrages ?

Arbitrer, cela signifie « reculer » dans le niveau d’exigence des enjeux qui n’ont pas la priorité du jour. Et en sécurité, ce n’est pas simple. Entre alors dans l’équation la question des marges : l’organisation a-t-elle pensé des marges, où sont-elles, comment se concrétisent-elles sur le terrain ?

Les arbitrages volontairement contraires à la sécurité ne sont pas à craindre, car personne ne veut intentionnellement dégrader la sécurité. Mais en prenant des décisions sur les autres enjeux, il se peut que les conséquences en termes de sécurité soient mal évaluées et donc mal anticipées. Prenons l’exemple de la décision d’affecter moins de personnel sur une tâche, pour des besoins de renfort sur une autre activité critique : l’impact en termes de sécurité, de compétences disponibles, de fatigabilité a-t-il été pensé ?

Tout recul doit être organisé afin de maintenir la sécurité à un niveau satisfaisant, malgré les concessions faites. Il s’agit alors d’identifier des contreparties, des mesures compensatoires : « j’accepte de reculer si… ». Parmi elles, citons :

  • des ajustements d’effectifs, de délais, de charge ou de planning
  • la conformité totale aux règles, un niveau de supervision renforcé
  • une attention particulière à la composition des équipes, avec un certain niveau d’expérience et/ou d’expertise
  • un équipement complémentaire
  • un renforcement des rituels de sécurité, briefings, debriefings, visites de sécurité…
  • un système d’alerte efficace : remontée d’informations, signalements…

Les 7 recommandations pour maîtriser les arbitrages

  1.  Se tenir prêt à faire des arbitrages :  reconnaissez l'existence et la nécessité des arbitrages comme un principe de maîtrise des risques
  2. Expliciter l’arbitrage : listez ouvertement et clairement tous les enjeux concernés, déterminez la priorité « du jour », évaluez les impacts potentiels sur le niveau d’exigence pour les autres enjeux,
  3. Discriminer positivement la sécurité : évaluez les impacts potentiels de l’arbitrage sur la sécurité, identifiez les contreparties nécessaires et les compensations. Interdisez-vous d'aller au-delà des « no- go »
  4. Communiquer les arbitrages : communiquez en toute transparence à l’encadrement et aux équipes qui auront à gérer la situation en tenant compte de l’arbitrage rendu
  5. Accompagner les équipes : formez, assistez les managers et les équipes concernées à la mise en application des arbitrages
  6. Tracer les arbitrages : gardez en mémoire les arbitrages rendus pour ne pas cumuler des concessions de sécurité sur une trop longue période
  7. Ré-analyser à froid les arbitrages rendus : faites un retour d'expérience pour vous réinterroger sur le processus d’arbitrage et améliorer les prochains arbitrages à rendre

Le rôle du leader est essentiel pour aider le collectif à trouver ensemble le meilleur compromis acceptable et pour renforcer le poids donné à la sécurité. Il lui revient de :

  • S’assurer que la sécurité n’est pas qu’un slogan mais qu'elle est bien prise en compte dans tous les arbitrages, décisions et actions
  • Communiquer, expliquer les arbitrages et les éventuelles mesures compensatoires mises en place
  • Clarifier les rôles de chacun dans la co-construction d’un bon niveau de sécurité, impliquer les salariés et les prestataires
  • Démontrer par son écoute et ses actes l’importance accordée aux conditions réelles du travail
  • Repérer les obstacles qui s’opposent à l’atteinte des objectifs sécurité et lever les freins

Souvent, la pression de la production est forte. Mais pour éviter une trop grande dégradation de la sécurité, il s’agit de fixer des « no-go » - lignes infranchissables - et de veiller à leur respect. Ces  règles d’arrêt doivent être :

  • Explicites et précisant des critères pour savoir quand rechercher des ressources supplémentaires,
  • Partagées pour pouvoir interrompre les opérations avant que la situation ne dégénère,
  • Acceptées et valorisées même lorsque l’arrêt ne fait pas apparaître clairement un problème.

 

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