Risques et territoire

Les défis d'FR-ALERT, le futur dispositif d'alerte en France

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FR-ALERT, le futur dispositif d'alerte en France et les défis à relever FR-ALERT, le futur dispositif d'alerte en France et les défis à relever

#2 - DOSSIER "Résilience des territoires : 4 pistes pour repenser l’alerte des populations et la gestion de crise"

Une nouvelle plateforme d'alerte des populations – FR-ALERT – sera mise en place en juin 2022, mêlant diffusion cellulaire et SMS géolocalisé. Comment ça marche ? Quelle place lui reviendra parmi les autres dispositifs d’alerte, tels que les sirènes, la radio… Quels défis attendent la plateforme FR-ALERT ?

 

Cet article est issu des échanges de la table ronde « Alerte des populations et gestion de crise », organisée par l'Icsi et la métropole Rouen Normandie, lors du Forum de la résilience en octobre 2021, entre :

  • Yves Hocde, sous-directeur de la préparation, de l’anticipation et de la gestion des crises à la DGSCGC, ministère de l’Intérieur
  • Lieutenant-colonel Romain Moutard, directeur de programme interministériel, ministère de l’Intérieur
  • Johnny Douvinet, géographe, Université d'Avignon

 

Suite au décret européen voté le 11 décembre 2018, les 27 États membres de l’Union européenne ont pour obligation d'avoir mis en place le 21 juin 2022 au plus tard un système d'alerte par géolocalisation. La France choisit de mettre en place la plateforme FR-ALERT, un dispositif multicanal, c’est-à-dire associant plusieurs outils pour toucher le plus grand nombre d’individus.

FR-ALERT s’appliquera sur l’ensemble du territoire national métropolitain et ultramarin et est adapté pour tous types d’évènements : sécurité civile, accident industriel, événement naturel, attentat, trouble à l’ordre public…

 

Comment fonctionnera la plateforme FR-ALERT ?

Le projet FR-ALERT et l’obligation européenne d’un système d’alerte géolocalisé reposent sur le fait qu’on a dans nos poches, pour plus de 80 % de la population, un smartphone… et c’est encore plus vrai pour les jeunes générations !

FR-ALERT combine deux technologies :

  • la diffusion cellulaire (Cell-Brodcast)
  • des SMS géo-localisés

Ces technologies permettent de diffuser des messages d’alerte sur les téléphones des individus localisés en temps réel, ciblés selon un territoire donné, y compris les personnes de passage et les touristes. Ainsi, dans un rayon de 5 km, un message va donner une consigne, par exemple un confinement ou une évacuation. Au-delà de ce rayon de 5 km, un message et une consigne différente seront adressés.

 

Un 1er défi : alerter le plus grand nombre vs le plus vite

La diffusion cellulaire fonctionnera sur la 4G et permettra d’alerter la population en quelques secondes, ce qui est très intéressant notamment lorsqu’une mise en sécurité immédiate est demandée. Si on considère que tous les smartphones sont connectés à une antenne 4G, cela permettrait aujourd'hui de couvrir 81 % de la population, et même plus de 95 % dans les pôles urbains. En revanche, il y a des taux plus faibles dans des communes rurales, ce qui pose une question en termes d’équité d'accès. A noter que l’alerte sera matérialisée sous forme de notification, avec un son, il y a donc un aspect intrusif à prendre en compte.

Les SMS géolocalisés, quant à eux, fonctionnement classiquement sur de la 2G, 3G, 4G. Les taux de couverture sont donc encore plus exceptionnels que pour le cell-broadcast puisqu’on atteint 95 % de la population couverte. Mais la diffusion d’un SMS prend du temps, parfois jusqu’à plusieurs dizaines de minutes.

Autrement dit, si on a une mise en sécurité immédiate il faut plutôt opter pour la diffusion cellulaire. Si on a un peu de temps pour une mise en sécurité, on peut couvrir beaucoup de personnes et donc diffuser un SMS.

 

FR-ALERT s’articule avec d’autres dispositifs d’alerte

Selon Yves Hocde, FR-ALERT s’inscrit dans un choix stratégique de garder et d’activer d’autres dispositifs d’alerte :

  • les sirènes pour lesquelles un dispositif de rénovation est actuellement en cours,
  • les médias, les réseaux sociaux, les conventions avec France Télévisions pour les messages d’alerte enlèvement mais également les messages radio,
  • les messages dits GALA - Gestion d’Alerte Locale Automatisé - envoyés directement par les préfets aux élus.

« Aucun vecteur – téléphonie mobile, sirènes, radio… - ne peut couvrir à lui seul 100 % de la population » explique le Lieutenant-colonel Romain Moutard. Il est donc essentiel de proposer plusieurs approches pour alerter les populations, en se basant sur la diversité des usages et des habitudes d’information.

Table ronde Alerte des populations et gestion de crise - Forum de la résilience, le 5 octobre à Métropole Rouen NormandieTable ronde Alerte des populations et gestion de crise - Forum de la résilience, le 5 octobre à Métropole Rouen Normandie

 

Un 2e défi : intégrer les besoins de cibles

« Outre les aspects techniques de fonctionnement de FR-ALERT, d’autres enjeux attendent la plateforme. Car l’humain rentre en compte, le récepteur du message, et il est essentiel d’intégrer les besoins des cibles, des publics visés » commente Johnny Douvinet.

Il va donc être important de penser et d’expérimenter :

  1. Le signal annonçant l’arrivée d’un message d’alerte : quelle fréquence ? Son grave ou aigu ? Continu ou discontinu ? Quelle signification induite du signal : lente, rapide, anxiogène ?
  2. La crédibilité de la source : la source du message doit être crédible pour être écoutée. Il faut donc penser à la connaissance qu’ont les citoyens de la source, la confiance qu’ils lui accordent, la fiabilité perçue.  
  3. La complétude (description du danger / consignes) : des expérimentations en cours montrent que plus le message est complet, plus les personnes comprennent ce qui se passe. Mais cela peut être contradictoire avec le fait de vouloir lancer l’alerte au plus vite... On s’intéresse alors au degré de précision nécessaire, à la longueur du message, à la hiérarchie des consignes.
  4. Le choix des mots et le langage utilisé : les mots utilisés peuvent provoquer du stress, de l’incompréhension… On sait par exemple que la négation est à éviter, il fait par exemple éviter de dire « n’allez pas chercher vos enfants à l’école », au profit de « Restez chez vous, vos enfants sont en sécurité à l’école ». Un travail est à mener sur le vocabulaire et le lexique utilisés, l’agencement du message et sa clarté.
  5. Les informations spatiales : comment délimiter et nommer, dans les messages, les lieux à éviter, à rejoindre, les zones impactées ?
  6. La mise en page finale : la bonne lisibilité et le rendu visuel du message comptent beaucoup. Ce qui implique une réflexion sur le découpage de l’information (paragraphes, titres, sous-titres), l’utilisation du gras, l’ajout d’un visuel…

 

3 autres défis pour FR-ALERT

Aujourd’hui des expérimentations sont menées. Cela permettra d’affiner les approches, de voir sur quels paramètres jouer pour rendre l’alerte la plus efficace possible. Il sera important de :

  • S’adapter aux contextes : selon le lieu ou le moment d’un accident, les contexte social, spatial et environnemental vont différer. Gérer un incendie dans un milieu urbain dense ou en pleine campagne, de jour ou de nuit… ça n’est pas la même chose. Il faut donc être souple et agile dans la gestion de l’alerte.
  • Proposer des exercices aux populations : aujourd’hui, beaucoup d’exercices sont réalisés par les acteurs de sécurité, en interne. C’est bien, mais la population n'est pas forcément mobilisée. En parallèle, des études académiques sont menées auprès des populations. Par exemple, on a étudié quel canal d’alerte elles préfèrent en fonction des risques. Si des tests techniques sont prévus pour FR-ALERT, il sera important également de prévoir des tests, des exercices concrets avec les citoyens.
  • Clarifier le cadre réglementaire : aujourd’hui, selon le guide ORSEC G.4 de 2013, sur « L’alerte et l’information des populations », un maire, un préfet ou le ministère de l'Intérieur peut faire de l’alerte. Mais d’autres outils existent, mis en place à différentes échelles : les mails, la radio, les automates, le porte-à-porte, les numéros d’urgence… pour ne citer que ceux-là. Une vraie question se pose : doit-on encore dissocier alerte, qui légalement revient aux autorités, et information qui concerne tout le monde ?

FR-ALERT en bref

Quoi : dispositif d'alerte des populations via la téléphonie mobile, par géolocalisation
Objectif : donner à chacun, en cas d'évènement majeur, un message qui indique la nature de l’événement, les consignes et permette d'avoir les bons comportements au bon moment.
Budget : 50 millions d’euros
Livraison : juin 2022, après des tests techniques et des expérimentations du dispositif global après de communes et préfectures expérimentatrices.

 

 

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