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Industrie du futur : vers de nouveaux modèles de sécurité ?

Industrie du futur : vers de nouveaux modèles de sécurité ? Industrie du futur : vers de nouveaux modèles de sécurité ?

Après un bilan sur la concertation citoyenne, les facteurs organisationnels et humains ou la sous-traitance, nous vous proposons de conclure ce dossier thématique dédié aux 20 ans d’AZF par un sujet de prospective. Quelle sécurité demain ? Le monde change et les idées évoluent, et le prochain enjeu de l’industrie sera peut-être d’adopter de nouveaux modèles de sécurité. Portons notre regard vers l’avenir : quelles idées nouvelles la science nourrit-elle pour la sécurité de demain ?

| Intégrer la culture de sécurité au cœur de la culture d’entreprise : un défi qui perdure |

Au-delà des FOH, le management de la sécurité ne doit pas rester l’apanage des directions dédiées (HSE, etc.). Les questions de sécurité doivent s’inscrire sur l’agenda de tous les décideurs, jusqu’aux stratèges de l’entreprise. Les préoccupations, les ambitions et les valeurs liées à la sécurité doivent s’intégrer à la culture de l’entreprise, du haut en bas de la pyramide hiérarchique, pour l’imprégner et former une culture de sécurité homogène et cohérente. La culture de sécurité doit renforcer le leadership et étayer les arbitrages rendus à tous les niveaux.

| Le monde change et les idées évoluent |

Intégrer la culture de sécurité à la culture d’entreprise suppose que soit partagée une vision commune de ce qui fait la sécurité des acteurs et des activités d’une entreprise. Il est alors nécessaire de poser le constat d’une double dynamique de changement.

Le monde change

Le climat, la démographie, la production de valeur, les structures organisationnelles, économiques et financières, les technologies (digitalisation, virtualisation, connexions entre les personnes et entre les objets), les rapports à l’environnement, à la production et au travail… Si la trajectoire est encore peu lisible, ces changements sont enclenchés. L’ampleur et la dynamique des transformations en cours sont celles des grandes révolutions historiques. Et la gestion de la sécurité industrielle en sera affectée.

Les idées évoluent

Depuis une vingtaine d’années, l’intégration des facteurs organisationnels et humains (FOH) dans les modèles de sécurité a transformé ces derniers. Le regard sur l’opérateur et la fiabilité humaine dans le modèle de sécurité a changé. Les systèmes se sont complexifiés. L’opérateur est toujours faillible, mais on comprend mieux pourquoi. Et surtout, il est également devenu un agent de fiabilité, dans un environnement moins prévisible, qui implique, tant pour les opérateurs que pour les leaders, de devoir s’adapter en temps réel.

Mais au niveau de l’organisation, la stratégie de sécurité n’a pas changé. La fiabilité organisationnelle reste majoritairement perçue comme résultant de la capacité d’anticiper toutes les situations, de prédéterminer les bonnes réponses dans les comportements techniques et humains, et d’assurer la conformité. Le modèle reste déterministe, linéaire, entièrement piloté et contrôlé.

| Des alternatives pour la sécurité de demain |

Depuis une trentaine d’années, des courants scientifiques proposent d’autres visions de la sécurité, bâties sur la reconnaissance de la complexité des systèmes sociotechniques. Cette complexité induit des variations permanentes, des turbulences, une non-linéarité entre les causes et les effets, des interférences, des « effets papillon », etc.
Les écarts et les variations font alors partie de l’état normal et constituent le bruit de fond du système.

 

Construire des organisations plus résilientes

La résilience, c’est cette capacité à survivre, à évoluer et à s’adapter aux aléas, aux changements et aux crises. Dans ce modèle, la survie du système - donc sa sécurité - ne suppose pas l’absence d’écarts mais leur maîtrise, leur compensation permanente. Lorsque les écarts ne peuvent plus être compensés, la décompensation se déclenche et peuvent survenir les accidents.
La résilience se joue sur la gestion des marges, la sensibilité aux signes de turbulence annonciateurs des limites, la progressivité de la perte de contrôle et sa récupération. Elle se pense en termes de compromis entre les différentes exigences de survie de l’organisation.

La résilience organisationnelle

Qu’est-ce que la résilience organisationnelle quand on parle de sécurité industrielle ? Quels en sont les grands mécanismes et quels leviers pour bâtir des organisations plus résilientes ?

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Des évolutions déjà enclenchées : vers des politiques de prévention centrées sur les risques majeurs

Contrairement aux FOH, le modèle de la résilience séduit peu les acteurs de la sécurité industrielle, en tout cas pas dans sa logique globale. Il existe néanmoins des emprunts partiels à ce modèle. Par exemple, le développement de stratégies de prévention centrées sur les risques majeurs constitue une prise de distance par rapport à la célèbre pyramide de Bird, et une reconnaissance de fait de la décorrélation entre la fréquence des incidents et des catastrophes.

 

| L’impact de la digitalisation pour la sécurité de demain |

 

Les promesses de la digitalisation

Les modèles sécurité actuels restent essentiellement liés à l’anticipation et la prédétermination. On constate même une forte inflation des normes et des efforts de conformité, validés par les progrès de sécurité incontestables et parfois considérables obtenus sur les dernières décennies. Aujourd’hui, une majorité des concepteurs et managers de l’industrie attendent à nouveau des progrès spectaculaires par le biais de la révolution digitale (intelligence artificielle, « big data », jumeaux numériques, etc.), avec un bond en avant des capacités de modélisation, de surveillance et de prédiction.

L’émergence d’un paradoxe

Nous nous dirigeons en réalité vers un monde de plus en plus complexe, augmentant ainsi l’incertitude et les limites des modélisations. Et dans le même temps, la digitalisation fait grandir un sentiment de faisabilité d’un contrôle total. Il y a sans doute là une illusion.

Cela ne veut pas dire que tout soit faux dans les promesses du digital. Les usines, les trains, les avions, les réacteurs seront sûrement contrôlés à des niveaux supérieurs d’un ou deux ordres de grandeur aux meilleurs niveaux actuels. Mais ce contrôle ne sera jamais total. Et surtout, il concernera des processus locaux, et non l’ensemble du système.

Bien situer le curseur entre le contrôle total et l’adaptabilité aux aléas sera peut-être le plus grand défi pour l’industrie de demain.

 

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Industrie du futur

 

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