AO
2006 : Thèmes de Recherche |
Deux
thèmes sont privilégiés. Leurs caractéristiques
communes sont l’interdisciplinarité ainsi que l’exigence d’une
recherche ancrée
dans des terrains, nécessitant un lien étroit entre le monde académique
et le
monde de l’industrie ou des collectivités, ou encore de la société
civile.
1. Modes d’arbitrage
entre recherche de sécurité et
exigences économiques, juridiques ou sociétales
La sécurité est une exigence majeure.
Mais sa prise en
compte n’apparaît pas séparable d’autres exigences : des
exigences
économiques comme la réduction des coûts, l’innovation, la continuité
des
activités ; des exigences juridiques ou sociétales, comme la
tolérance du
public à l’égard des risques, l’aspiration à plus de démocratie, etc.
Il
apparaît donc nécessaire de mieux comprendre comment s’opèrent
aujourd’hui les
arbitrages entre le respect d’un objectif permanent de sécurité et de
ces
autres exigences : au sein des entreprises, au plan
territorial, au plan
national et européen, de façon transversale à ces différents plans.
Il est attendu des
recherches :
- rendant compte, à partir
d’études de cas, de la façon dont se réalisent effectivement des
arbitrages entre différents types d’exigences, et aussi bien de manière
formelle qu’informelle ;
- proposant de nouveaux moyens d’aide à
l’établissement de ces arbitrages.
À titre indicatif, les recherches
peuvent prendre appui sur
l’analyse :
- de structures de dialogue
et de concertation (notamment CHSCT) ; de structures mises en
place par certaines entreprises pour évaluer les risques industriels au
regard des « risques » économiques, socio-politiques,
des risques de « perte d’image », etc.
- de structures
d’information, de concertation (comme les CLIC) réunissant au plan
territorial différentes « parties prenantes »
(industriels, syndicats, représentants associatifs, collectivités
locales, etc.)
- de
structures de conseils, d’expertise situées en amont de la décision
politique (groupes de travail, commissions, comités d’experts, etc.)
- d’enceintes politiques
(régionales, nationales, européennes), d’enceintes judiciaires, etc.
- de divers outils, modes
d’analyses, structures pouvant faciliter les arbitrages (analyses
coût/bénéfice ; « forums hybrides », suivi
de l’évolution des sciences et des techniques, etc.)
Les situations prises en compte pour
analyser les processus
d’arbitrage peuvent être très diverses :
- situations ordinaires,
routinières, sans donc que s’exercent de fortes pressions médiatiques,
politiques, judiciaires sur les acteurs (tant au sein des entreprises
qu’à l’extérieur de celles-ci), mais où les objectifs à atteindre
peuvent être nombreux et contradictoires ;
- situations de pré-crise,
notamment lorsque des questions liées aux risques industriels font
l’objet de « lancements d’alertes », de controverses
techniques et scientifiques, de débats publics ;
- situations de crise,
notamment suite à de graves dysfonctionnements, accidents, catastrophes
(voire suite à l’anticipation de tels événements).
L’objectif visé est, à partir de
l’analyse d’un ensemble de
cas, de mieux comprendre comment s’effectuent les arbitrages entre
différentes
exigences, notamment afin de déterminer quelles pourraient être les
processus
les rendant plus explicites, plus compréhensibles et plus susceptibles
d’être
mis en débat. La réflexion peut cependant être plus large et, par
exemple,
concerner les conditions sociales, économiques, politiques, culturelles
qui,
dans le contexte actuel, semblent pouvoir favoriser une plus grande
transparence, une plus grande publicisation des arbitrages effectués.
2. Vulnérabilités
techniques, humaines,
organisationnelles et recherche de sécurité
La sécurité cherche à garantir
l’absence de risques de
dommages inacceptables. De nombreux travaux de recherche ont été
développés et
mis en application afin d’atteindre cet objectif. Cependant, les
solutions
proposées présupposent généralement un environnement connu, notamment
en termes
de ressources humaines, d’organisations ou d’outils. Or, dans le
secteur
industriel, la réalité est souvent tout autre. Il apparaît donc
nécessaire de
mieux comprendre comment les entreprises et organismes gérant des
activités
potentiellement dangereuses peuvent devenir plus sûres, comment elles
peuvent
renforcer leurs capacités de résistance aux changements involontaires,
aux
défaillances (capacités de résilience), tant au plan
technique, humain ou
organisationnel, ou à l’interface de ces différents plans.
Il est attendu des
recherches :
- identifiant et analysant
un ensemble de vulnérabilités, notamment émergentes
- explorant des pistes
pouvant aujourd’hui être suivies pour permettre aux entreprises de
prendre en compte ces vulnérabilités, d’y faire face voire de les
« tolérer »
À titre indicatif, les recherches
peuvent être développées
concernant :
- les vulnérabilités
techniques nouvelles, par exemple liées à la complexité croissante des
systèmes informatisés, au vieillissement des matériaux et des
structures, à l’obsolescence de certaines technologies ou process, ou
les vulnérabilités liées à « l’utilisation de
marges » pour augmenter la performance
- les vulnérabilités liées
aux interactions dans le travail, au « travail
humain » (compte tenu des multiples contraintes, parfois
contradictoires, pesant sur les acteurs à différents niveaux
– de « l’opérateur » au chef
d’entreprise – ; compte tenu aussi des effets produits sur les
« collectifs de travail » par le turn-over, les
départs massifs à la retraite, les changements de culture entre
générations, les problèmes de transmission de la mémoire,
etc.)
- les
vulnérabilités liées aux organisations (notamment en raison des
changements, parfois rapides, de modes de structuration suite à des
fusions, des redistributions d’activités, des changements d’objectifs,
etc.). Une importance particulière sera accordée à l’étude de
l’organisation de l’information et de la communication interne à
l’entreprise pour établir et maintenir une dynamique de sécurité face à
ces évolutions.
Parmi les nouvelles pistes pouvant
être suivies pour mieux
gérer les vulnérabilités, des recherches sont plus particulièrement
attendues
sur :
- les modalités et moyens
permettant de maintenir des interrogations critiques sur les modèles et
outils d’évaluation des risques en phase d’exploitation, au-delà de la
phase de conception (compte tenu de l’importance de la simulation, de
la difficulté croissante à revenir sur les fondements de la conception,
à opérer des confrontations avec la réalité industrielle ;
compte tenu aussi des modes d’appropriation, des usages faits de ces
outils et modèles par les acteurs gérant les risques)
- les modalités et moyens
permettant de rendre rattrapables en termes de sécurité les erreurs de
conception ainsi que les erreurs liées aux usages
- les nouveaux rapports à la
règle, les degrés d’autonomie pouvant, tant au plan individuel qu’au
plan des « collectifs de travail », remédier aux
problèmes posés par la multiplicité des principes d’action et des
référentiels au sein des entreprises
- les designs
organisationnels, les modalités de fonctionnement pouvant
permettre : le maintien de la veille, de la vigilance, de la
transmission des savoirs et savoir-faire, de la mémoire en matière de
sécurité (organisations transversales, en réseaux, etc.) ;
l’articulation entre logiques de qualité et de sécurité ;
l’identification et analyse des « dérives », des
processus de « normalisation des déviances » et leur
intégration à la gestion des risques ; le management de la
diversification des acteurs (notamment dans le cadre de la
sous-traitance, etc.)
L’objectif visé est de favoriser
l’analyse des
vulnérabilités dans les entreprises à risques, avec une focalisation
sur les
« nouvelles » formes de vulnérabilité (leur nouveauté
résultant
autant de leur prise en compte récente que de l’apparition de
phénomènes
jusque-là inédits). L’objectif est également de déterminer comment il
est
aujourd’hui possible de traiter ces vulnérabilités, en rendant les
organisations plus « robustes » ou, dans une
perspective sensiblement
différente, en les rendant plus « résistantes » à
l’expression des
vulnérabilités, sur le mode donc de la résilience.
Des liens peuvent être établis entre
les deux thèmes
(notamment s’il apparaît que la gestion de nouvelles vulnérabilités est
indissociable de la manière dont s’effectuent les arbitrages entre
exigences
économiques, exigences de sécurité et exigences démocratiques).
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